LA SAGA DES BABAYAGAS

1997

Thérèse écrit d’un jet son appel « Aux armes citoyennes » pour vivre en solidarité et en citoyenneté.
Dès ce moment, l’autogestion, la solidarité et la citoyenneté sont données comme les piliers de ce projet.


 

1998

En février, elle soumet son projet à Jean-Pierre Brard, alors Maire de Montreuil, qui lui envoie une lettre d’encouragement.


 

1999

En mai, création de l’Association « La Maison des Babayagas ».
Mais cette même année, Thérèse crée la Maison des Femmes de Montreuil qui la sollicite beaucoup. Autre projet, bien réalisé lui, qui lui demandera énergie et pugnacité. Le projet Babayaga reste en veilleuse.

 

2000-2002

Rencontres des trois pionnières, Thérèse, Monique et Suzanne : dès le début, s’assurer d’être d’accord sur l’essentiel.

Premiers contacts, amies, inconnues ayant trouvé un dépliant, ayant entendu parler par d’autres du projet ; ébauche du groupe.

2003

– ébauche par le trio d’un Cahier des Charges dessinant la maison souhaitée ;
– premier jet d’un texte essayant de concrétiser les aspirations de vie commune :

« VIVRE ENSEMBLE ».  Nous présentons ces travaux dans nos rencontres avec les élus, et à l’OPHM.

Eté 2003 : la canicule, ses 15 000 morts, des vieux, trop souvent seuls ; on croyait pourtant que tout était bien en place : soins à domicile, maisons de retraite …
La France rentre de vacances un peu sonnée !
Sans doute, ce choc va-t-il faire écho à nos propres questions ?

2004
Nous obtenons une subvention de 10 000 euros de la Fondation de France, comme « aide à projet ». Manne bienvenue dans notre maigre escarcelle.
Le travail avec l’OPHM s’intensifie : rencontres, affinement du cahier des charges …
Jury du choix de l’architecte après appel à projet de l’OPHM. Nous participons toutes trois à ce jury où nous disposons de … deux voix. L’atelier Tabet sera retenu. Nous sommes très satisfaites de ce choix.
Nous sentons le besoin d’aide à la rédaction des textes : adaptation des statuts, convention entre l’association, la ville et l’OPHM, Charte qui liera les Babayagas.
Durant cette année, l’OPHM commence la recherche de financements et travaille sur la formule juridico-administrative à retenir.
Il est évoqué le projet de convention – cadre entre la Ville et l’Association : il nous est demandé de faire des propositions.


2005

Nous instaurons des repas mensuels, à la Maison des Femmes de Montreuil, pour mieux faire connaissance autour d’une table.  Ces rencontres sont la première étape de la constitution du groupe de futures résidentes.
L’architecte, Samy Tabet, remet à l’OPHM les plans et une maquette de la future maison ;
Voyages et participation à des colloques divers.
Sentiment de répondre à des aspirations qui trouvent en ce projet une amorce de réponse ;

nombreux appels, contacts, on nous applaudit, on nous demande comment faire.

 

Le service Études-Habitat prend en charge le dossier pour « l’habiller » en vue de la présentation aux divers financeurs. Il nous est demandé de dessiner un projet pérenne sur 30 ans : nous sommes un peu surprises mais, après tout, c’est plutôt bon signe !

Les recherches de financement par l’OPHM continuent, pour soumettre le projet à l’approbation des élus et pour déposer le permis de construire.
Le Conseil Général du 93 a élaboré un schéma en faveur de la population âgée de la Seine- Saint-Denis, dont les attendus philosophiques et politiques vont tout à fait dans le sens de la démarche des Babayagas. Idem pour le Conseil Régional d’Ile de France. Des rencontres permettent d’envisager le bouclage d’un plan de financement.
Celui-ci concernerait des subventions de l’Etat (DDTE), du Conseil Régional, du Conseil Général, de la CNAV, et des emprunts divers de l’OPHM couverts par la Ville de Montreuil.

L’œil de la caméra
Jean-Marc La Rocca, cinéaste documentariste, a commencé cette année-là avec nous un travail qui se poursuit : filmer l’aventure des ces vieilles femmes pugnaces. Projet qu’Agat Film, tout aussi pugnace, cherche à produire.

2006

Pour permettre le montage du plan de financement, un Comité de pilotage qui comprend tous les partenaires potentiels – Conseil Général, DDE, CNAV, Élus et services de la Ville, OPHM –, et l’Association est organisé en février 2006. L’orientation est la suivante, sans que la structure juridique soit encore précisée (établissement ? quel type ? simple logement social ?) :

– chacune des 19 résidentes serait locataire de l’OPHM pour son propre habitat : loyers variables selon l’échelle des revenus, échelle qui permet un réel brassage, ceci grâce à des emprunts diversifiés de l’OPHM selon les niveaux de revenus, définis par les règles d’attribution des habitats sociaux.

– l’Association serait locataire des locaux collectifs, chargée de les gérer et de les animer. Ceux-ci seront tout à la fois le lieu d’habitat des résidentes pour leur vie ensemble, et ouverts sur le quartier pour des activités diverses, ateliers ludiques, culturels ou d’entretien de la personne.
Et surtout, activités sous forme espérons-nous d’Université Populaire, autour de la problématique du vieillissement : rencontres, formations, organisation de colloques ….
Thérèse a dessiné un projet d’université populaire UNIversité des Savoirs des VIEux (UNISAVIE), qui retient vivement l’attention des divers partenaires.
Ça semble se dessiner, mais il n’y a pas d’engagement ferme des partenaires autres que la Ville. Cependant le travail continue avec nos partenaires – 5 séances de travail -, y compris avec le CCAS. La formule juridico-administrative n’est toujours pas vraiment fixée.

La demande de permis de construire avait été déposée par l’OPHM aux services de la Ville en août 2006.
Le début des travaux est évoqué pour mars 2007, et la livraison courant 2008 !
Puis ….
Nos appels, nos relances, se heurtent au silence. Ainsi jusqu’à la fin de l’année.
Pour soutenir la dynamique, nous avions à l’automne envisagé l’organisation d’un colloque sur les divers aspects du vieillissement. Il se tiendra en mars 2007.

2007

Nous apprenons que le Conseil Général du 93 avait opposé un refus au projet.
Pourquoi ? « discrimination du fait d’un habitat réservé à des seules femmes vieillissantes, cooptation, pas de prévision de la perte d’autonomie » : nous n’entrons pas dans le schéma directeur du 93 !
Nous sommes, l’espace de quelques jours, anéanties !

Mars 2007 : le colloque "Peur de l’âge, Fleur de l’âge"
Fort heureusement, la préparation du Colloque nous mobilise. Beaucoup ont sans doute en souvenir la pose de première pierre de colère, en mars 2007, suite au refus du Conseil Général du 93 de prendre en compte notre projet.
Colloque qui réunit de nombreux intervenants, une centaine d’assistants, et au cours duquel la Ville de Montreuil, et en particulier J-P Brard, ont réaffirmé leur attachement à ce projet. Les raisons invoquées apparaissaient bien médiocres, face à la sympathie exprimée de partout pour notre initiative.
Ici et là, d’autres projets vont fleurir, portés par celles et ceux qui veulent assumer une vieillesse responsable, solidaire et citoyenne. Tous nous disent que c’est bien la Maison des Babayagas qui a déclenché leur propre dynamique.

Afin de sortir de cette situation bloquée, J-P Brard, nous obtient un rendez-vous avec Christine Boutin, Ministre du Logement, et nous y accompagne.
La ministre a vite compris : il ne s’agit pas d’un établissement, il faut envisager de simples logements sociaux. Elle fera organiser une rencontre du Bureau de l’Association avec un membre de son Cabinet et une personne de la DDE du 93.

2008

La seconde rencontre au ministère dessine une voie : un programme HLM ne peut être destiné à une seule catégorie de personnes (sinon on se retrouve dans le piège établissement) ; il faut donc que l’OPHM prévoie un programme dont la Maison des Babayagas sera une partie.

Mars 2008 : élections municipales
Elles amènent à Montreuil une nouvelle majorité, et Dominique Voynet devient Maire.
Elle avait fait savoir pendant la campagne son intérêt pour le projet Babayagas qu’elle s’était engagée à soutenir en cas de victoire.

Dès Mai 2008, première rencontre avec le nouveau Directeur de l’OPHM, J-P Bléry ; l’orientation qu’il donne au projet va dans le sens de celle dessinée par la ministre.
Puis rencontres avec des membres du Cabinet de la Maire, avec l’élue en charge des personnes âgées. Et avec le directeur adjoint du Cabinet de la Maire, qui pilotera le dossier. Reprise du travail avec l’architecte.
Au regard de l’actualité, qui fait valser des tourbillons de milliards, aurons-nous enfin les crédits qui nous permettent de mettre en œuvre un lieu de vieillesse solidaire et citoyenne ?


2009

12 réunions de travail auxquelles participent très largement le groupe des babayagas, ont permis de préciser

le statut du futur projet :
– logement sociaux pour l’habitat dont chacun-e est locataire ; 21 babayagas et 4 jeunes en insertion d’habitat

en seront locataires.
– en rez-de-chaussée, locaux collectifs, bien séparés des lieux de résidence (entrées différentes sur la rue), dont

l’Association serait locataire.
Le texte de la Convention tri-partite Ville, OPHM, Association est finalisé.
Notre Charte a subi quelques adaptations rédactionnelles, lui permettant d’être un texte s’imposant officiellement

aux futur-e-s habitant-e-s de la maison, pour soumettre une candidature à la commission d’attribution.
Le plan de financement se dessine ; des accords sont donnés en particulier par la Région et l’État ; la Ville de

Montreuil et l’OPHM manifestent très fortement leur soutien par leur participation financière.

11 décembre 2009 : Table Ronde
Elle est organisée pour donner de l’écho à ce travail d’élaboration en commun.
Thérèse Clerc, retrace cette histoire si vivante des Babayagas de Montreuil.
Dominique Voynet, Maire de Montreuil, affirme à nouveau la volonté de la Ville de mener à bien ce projet

d’innovation sociale. Francine Bavay, Vice-Présidente du Conseil Régional IdF, témoigne de l’importance de

l’innovation sociale, pour faire évoluer les politiques publiques, permettant de faire surgir les fameuses « cases »

nouvelles qui permettent de la soutenir.
Le Directeur de l’OPHM, et l’architecte, explicitent les aspects techniques et administratifs de ce montage, en

insistant sur l’extrême richesse, pour eux aussi, d’un travail en commun avec les porteuses du projet.
Patrick Viveret, philosophe, expose une analyse de notre monde, dont les pulsions et crises retentissent et

s’expriment dans le mal être des femmes et des hommes qui le vivent, et combien il est urgent de penser

l’organisation sociale et politique en prenant en compte ce mal être, ce à quoi un projet comme celui des

Babayagas tend à répondre. Car… notre groupe est bien vivant …

… malgré les difficultés et lenteurs, ce qui nous convainc que la route qu’ensemble nous traçons répond bien à notre attente.
Ici et là, d’autres projets vont fleurir, portés par celles et ceux qui veulent assumer
une vieillesse responsable, solidaire et citoyenne. Nous échangeons nos expériences par mail – quel précieux outil – ou lors de rencontres. Vous qui débutez, surtout n’abandonnez pas ; la route est rude, mais le parcours passionnant, et l’enjeu majeur.


2010

En 2010, nous sommes une quinzaine à l’image des femmes retraitées d’aujourd’hui ; une petite dizaine bénéficient

de pensions correctes – loin tout de même des 2500 / 3000 euros mensuels de coût des maisons de retraite

médicalisées à Paris ; cinq/six à qui la vie n’a permis d’accéder qu’à de médiocres revenus (en-dessous des 60% du

plafond de revenus pour l’attribution des logements HLM) pour affronter leurs vieux jours.
Et, c’est toutes ensembles que nous voulons vivre dans notre Maison !
La demande de permis de construire, à nouveau déposée en Mairie, a été accordée en avril :

étape ô combien attendue ! Enfin … les Babayagas entrent dans les murs en 2012.

 

2011

Septembre 2011, 13 Babayagas démissionnent du projet pour divergences avec Thérèse Clerc. 3 Babayagas restent

avec Thérèse.  La recherche de nouvelles Babayagas commence…

 

Octobre 2011, pose de la première pierre, en présence de Mme Voynet, maire de Montreuil. La maison se construit….

 

D’autres Babayagas viennent rejoindre Thérèse au fil des mois. 

La charte de vie est retravaillée, deux valeurs sont ajoutées, le féminisme et la laïcité.

Beaucoup de femmes sont intéressées par le projet, mais peu osent tenter l’aventure et s’engager.

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2012

Octobre 2012, les premières Babayagas emménagent dans leurs appartements.

Combien sommes-nous heureuses de compter tous ceux et celles

qui nous ont fait confiance et nous ont soutenues, parmi les Ami-e-s

qui viennent partager le bonheur de nous rejoindre.


2013 

Le 28 février, cérémonie d'inauguration de la Maison des Babayagas en salle des fêtes de la mairie de Montreuil,

conférence de presse, avec Dominique Voynet, Thérèse Clerc et les Babayagas, Halima Menhoudj ,Daniel Mosmant,

Jean-Paul Blery et les partenaires du projet.      

Presque quinze années auront été nécessaires pour que cette utopie autogestionnaire aboutisse à l'inauguration. 

 

 2014 

En mars, création de l’association UNISAVIE des Babayagas dont Thérèse Clerc est présidente.

Université populaire ouverte à toutes et à tous, « Unisavie des Babayagas » se veut un des lieux de réflexion et d’élaboration

d’une vie citoyenne à part entière pour les femmes et les hommes qui pensent que «vieillir c’est vivre», que «vieillir c’est avoir des projets » et que «vieillir c’est continuer à être».

 

2015

Un nouveau bureau a été mis en place. Mina Vrillet, habitante, devient présidente. L’objectif de cette nouvelle gouvernance est de donner à l’association des moyens pour créer dans et autour de la Maison des Babayagas du vivre ensemble, pour construire du lien social avec les plus très jeunes, les moins vieilles, moins vieux et les jeunes … du quartier, de la ville et pour établir avec les créatifs culturels de Montreuil les ponts nécessaires à l’incarnation de ce projet. Thérèse Clerc devient présidente d’honneur de l’association.

2016

Le 16 février, décès de Thérèse Clerc.

Thérèse Clerc, c'est une vie d'engagement qui s'est éteinte. Elle a défendu le projet de la Maison des Babayagas avec force pendant 15 ans pour qu'il voit le jour en 2012. Thérèse a soufflé les idées les plus novatrices de notre époque sur la vieillesse. A nous maintenant de continuer cette réflexion.

 

L'année 2016 a été éprouvante pour la Maison des Babayagas, avec le décès de sa fondatrice en février, celui d'Angela Jay,  habitante, en mars, puis celui d'Iro Bardis, sa nouvelle présidente, fin décembre.  


                                                                                                                                              ©Thérèse Clerc et Iro Bardis                Angela Jay©Eric Mangeat

2017

Le collectif des habitantes se réunit autour de plusieurs projets fédérateurs : création d'un jardin solidaire potager et fruitier, réalisation de fresques collectives, lancement de leur ciné-club "Ranimax", atelier d'anglais, opération "babas tagueuses" sur la place de la Mairie, accueil de nouvelles habitantes, expositions, fêtes, etc...

Odette Menteau, babayaga et habitante de la 1ère heure, devient présidente.



(A suivre ...)

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